Que de bienfaits, que de bénédictions incommensurables peut nous valoir l’évocation de la vie des Grands Saints de l’Islam ! C’est ce que nous enseigne un hadith attesté du prophète Mouhamed (P.S.L.) . Evoquer ces Saints, c’est comme les faire revivre. C’est enseigner aux croyants toutes les vertus, toutes les qualités qui les ont élevés aux rangs sublimes qu’ils ont atteints dans le service du Très Haut.

Puisqu’il en est ainsi, nous aurons tout bénéfice à évoquer l’illustre figure de Serigne Mouhammadou Al Bachir MBACKE, plus connu sous le nom de Serigne Bassirou.
Un séjour terrestre intensément vécu au service exclusif de l’Unique et entièrement consacré à donner corps aux enseignements de son vénéré père a fait de ce paladin de l’Islam une référence pour tout musulman désireux d’accéder à la proximité de son créateur.
Qui était cet homme incomparable, admirable à plus d’un titre ?

Quel a été l’impact de son œuvre dans le développement de la communauté mouride et dans la diffusion de l’enseignement de Cheikhoul Khadim ?
A travers l’ouvrage de Serigne Moustapha LÔ Ibn Serigne Abdourahmane LÔ  » Mouhammadou Bachir, une personnalité musulmane immortelle « . Nous allons téter à grande lampée à la source intarissable de son insondable érudition soutendue par une humilité et une piété indescriptibles.  » L’Abreuvement du Commensal Dans La Douce Source d’Amour Du Serviteur  » de Serigne Mouhamadou Lamine DIOP Dagana qui évoque largement la haute stature de Serigne Bassirou indéfectiblement ancré à l’enseignement de Cheikhoul Khadim, sera aussi notre source.

Dans quelles circonstances est-il apparut ?

Cheikhoul Khadim était à Saint Louis. Le Conseil Privé venait de décider son exil au Gabon. Il s’apprêtait donc, en cette année 1895, à entamer, dans la joie, la sérénité et la confiance absolue en son Créateur, sa Mission d’intercesseur des créatures au près de DIEU quand on vint lui annoncer une bonne nouvelle : Allah Le Très Haut venait de le combler de la venue au monde d’un garçon. En ce moment d’allégresse pour ce serviteur hors pair du prophète Mouhamed (P.S.L.), un tel événement ne pouvait être que le signe du soutien divin, donc un motif supplémentaire de bonheur et de joie. Aussi, décida-t-il sur le champ de donner au nouveau né le prénom de Al Bachir, celui qui apporte la joie et le bonheur.
Cheikh Ahmadou Bamba partit confiant, persuadé qu’il reviendra triomphant, pour voir cet enfant qui venait de naître à Galayel (Région de Louga /Sénégal).

La généalogie de Serigne Bassirou

Par sa mère, la vertueuse Sokhna Fatoumata Bintou Mouhamed Ibn Moukhtar Alkokiyyou appelé Soxna Faty Madou Mame, Serigne Bassirou MBACKE est issu de la famille royale du Cayor (Sénégal des Royaumes) dont une branche s’était convertie à L’Islam. Son grand père Moukhtar Alkokiyou, qu’on appelait aussi Moukhtar DIOP de Koki est originaire de Mauritanie. C’était un grand érudit appartenant à la Qadriya.

Une instruction et une éducation affinées à l’extrême

En l’absence du Cheikh, on apporta un soin tout particulier à l’instruction et à l’éducation de Serigne Bassirou. C’est Serigne Ndame Abdourahmane LÔ qui guida ses premiers pas dans les études coraniques. Comme l’élève était particulièrement doué, les progrès furent très rapides. Un autre disciple de Cheikhoul Khadim, le célèbre savant Serigne Ababacar DIAKHATE, plus connu sous le nom de Serigne Mbaye DIAKHATE (fils du réputé Cadi Khaly Madiakhaté Kalla) prit le relais comme professeur du jeune prodige. Bientôt, les Ecritures Saintes et la Calligraphie n’eurent plus de secrets pour lui. A son actif, dit-on, il a plus de trente Mus’hafs (manuscrits du Saint Coran) qu’il offrit en dons pieux à son guide et maître Khadimou Rassoul. En effet il était membre de l’équipe des 17 scribes que s’était choisi Cheikhoul Khadim por la calligraphie du Saint-Coran

Pour parfaire sa science et son éducation, il fréquenta d’autres érudits comme Serigne Mor NDIAYE  » Jullit « , Serigne Mor FALL Sadio, Serigne Ibrahima Bintou SYLLA.
S’agissant des Sciences Religieuses proprement dites, c’est auprès de Mame Mouhamed Ould Abi Bekr qu’il fut initié. Par la suite Cheikh Ahmadou Bamba se chargera personnellement de parfaire et de peaufiner l’éducation de ce brillant sujet.
Bientôt on eut affaire à un érudit qui avait percé les secrets de la Théologie et du Droit musulman. Pour étancher sa soif inextinguible de savoir, il s’appliqua à l’étude de la langue et de la littérature arabes. A ce propos, il est arrivé à un degré de maîtrise rarement égalé. Les résultats ne tardèrent pas à être enregistrés car Serigne Bassirou était aussi à l’aise dans des domaines divers comme la Philosophie, l’Astronomie, l’Histoire ou la Géographie. Serigne Bassirou était devenu un grand savant, un érudit.

Traits physiques et moraux

Nous savons par ses contemporains que Serigne Bassirou était un bel homme à la taille moyenne et aux membres bien proportionnés. Ses traits harmonieux étaient ornés par une belle barbe blanche bien fournie et éclairés par un regard droit, franc et bienveillant.
D’une élégance sobre dans ses vêtements habituellement blancs, il se déplaçait d’une démarche souple et résolue, le regard concentré dans sa direction . Sa gestuelle mesurée, sans brusquerie, dénotait une grande pondération dans le caractère. Lorsqu’il s’asseyait, il était toujours tourné vers la Qibla (la direction de la Kaaba).
Très calme, Serigne Bassirou s’évertuait à ne prononcer que des paroles utiles à son auditoire et toujours destinées à ramener ceux qui l’écoutent dans le sens de l’adoration de Dieu.
La politesse, la courtoisie et le savoir vivre, a-t-on l’habitude de dire, sont des marques distinctives des personnes cultivées. On comprend donc que Serigne Bassirou ait laissé le souvenir d’un homme à la convivialité et à la générosité légendaires. L’homme en peine comme le nécessiteux sont assurés de trouver auprès de lui aide et compréhension dans la discrétion. Il savait donner sans blesser l’amour propre de celui qui le sollicitait. Son doux sourire lumineux était un baume au cœur de ceux qui souffraient.
Son jugement infaillible et sa profonde impartialité sont l’assurance que la veuve et l’orphelin tout comme les grands de ce monde reçoivent de lui le même accueil : la bienveillance et l’équité, telles que recommandé par l’Islam.
On comprend qu’il ait laissé le souvenir d’un homme qui avait la faculté attestée de répandre le bonheur autour de lui, par le seul fait de sa présence.
Rien qu’à le voir, rapportent ses contemporains, on sentait que Dieu avait placé en lui cette lumière qui émane de ceux qu’Il a choisis, comme les Glorieux Compagnons de l’Elu (P.S.L.), tels que le Coran les décrit.

Serigne Bassirou exégète de Serigne Touba

Au moment où Khadimou Rassoul rentrait d’exil, Serigne Bassirou avait environ huit ans. Désormais, il n’allait pratiquement plus quitter son père. Ainsi, de tous ses frères, il est celui qui a vécu le plus longtemps sous l’ombre tutélaire du Maître. Il est donc celui qui est le mieux placé pour retracer la biographie pour ne pas dire l’hagiographie du Cheikh. Voilà pourquoi son « Minanul Bâqil Qadîm » ou (Les Bienfaits de L’Eternel) fait autorité en la matière. C’est la source de référence pour tout chercheur qui désire étudier l’itinéraire et la pensée de Cheikhoul Khadim car c’est un ouvrage d’une richesse extraordinaire.

Quel rôle Serigne Bassirou a-t-il joué dans la diffusion de l’enseignement du Cheikh ?

Serigne Bassirou vénérait Khadimou Rassoul son père et guide à un point tel que toute sa vie durant, il s’est assigné comme mission de démultiplier l’enseignement du Cheikh. Outre son fameux Minanul Bâqil Qadîm, il s’est employé à instruire le plus grand nombre possible d’enfants, parmi lesquels ceux de ses frères. Pour cela, il a ouvert beaucoup de daaras dans le Mbakol (Cayor), dans le Saloum et dans le Baol.
Serigne Bassirou s’est surtout distingué par la réhabilitation de Porokhane où se trouve le mausolée de Sokhna Diarra la mère de Serigne Touba.
Le Magal annuel qu’il a initié dans cette localité située au confins du Saloum et la Gambie, pour rendre hommage à son illustre grand mère est aujourd’hui l’un des événements religieux les plus counus de la Sous Région.

Conclusion

Comme on le sait, le message de Serigne Touba repose sur un triptyque qui est :
– l’acquisition du Savoir, c’est à dire l’apprentissage du Coran et des Sciences Religieuses
– la pratique assidue des actes de dévotion selon les normes édictées par le coran et la sunna,
– et le travail rédempteur, sanctifiant, qui permet de vivre du fruit licite de sa sueur et de gagner l’au delà par le sacrifice de ses biens dans la voie de DIEU.
C’est d’ailleurs cela l’esprit de l’Islam.
Serigne Bassirou qui, par ses daaras a largement contribué à la diffusion du savoir, est incontestablement un digne continuateur de l’œuvre de Serigne Touba. Parallèlement, il a été un travailleur infatigable pour lequel le labeur est une forme d’adoration.
Il a apporté un précieux et loyal concours à Serigne Mouhamadou Moustapha et à Serigne Fallou les deux premiers Khalifes de Serigne Touba dans l’exercice de leur magistère. D’ailleurs, d’aucuns disent qu’entre lui et Serigne Fallou, il existait une complicité telle que jamais l’un n’entreprenait quoi que ce soit sans l’avis de l’autre.
Serigne Bassirou nous a quittés le 1er Avril 1966. Il repose actuellement à Darou Minan, à Touba.

Il nous a laissé une illustre descendance de vaillants soldats de la foi que dirige de main de maître son fils Serigne Moustapha Bassirou MBACKE aux côtés de qui se distinguent ses frères Serigne Mountakha MBACKE, Serigne Abdou Hakim MBACKE, Serigne Elhadji Fallou Mbacké et Serigne Issakha Mbacké.
Puisse Dieu leur donner longue vie et santé florissante pour qu’ils continuent d’assurer au Magal de Porokhane, d’année en année, toujours plus de magnificence et d’éclat. Puisse leur action être au rang de ceux que Cheikhoul Khadim agrée.